Entre 2 coups de pinceaux, quelques petits points de croix et pas mal de lecture,
grand-mère comblée 4 fois cherche lecteurs assidus pour partager ses coups de coeur et coups d'humeur.
Depuis le temps que je leur dit « Ne tirez pas sur les rideaux, ne vous cachez derrière » il fallait bien que ça, arrive.
La tringle pend lamentablement, au risque d’arracher le piton. Même à 5h30 j’ai l’escabeau alerte et le pied léger.
Avant que tout ne me tombe sur la tête, une intervention s’impose. Mais je n’ai que le « 3 marches » l’autre est à l’atelier, pas envie de descendre le chercher, tant pis, un essai me confirme que
décidément mes 157 cms (les bons jours) sont insuffisants, il me manque au moins 10 cms.
Qu’à cela ne tienne, je lis en ce moment un gros pavé, non pas assez haute, même sur la pointe des pieds, un autre livre, toujours pas, un troisième et c’est bon.
Je remets la tringle en place et redescends de cet échafaudage pour le moins instable.
C’est une vieille tradition familiale que d’utiliser des livres pour palier à une hauteur insuffisante.
J’ai toujours vu maman en glisser un sous une lampe qu’elle jugeait trop basse pour le coup d’œil, sous un bibelot pour le mettre en valeur, il y a quelques jours j’en ai mis un sous les pieds de
Sister en guise de tabouret pour qu’elle soit plus confortable à l’ordi, en cale porte ils rendent aussi de grands services, et pas du broché, tant qu’à faire du livre ancien, relié, doré sur
tranche.
C’est ça aussi aimer les livres, enfin chez nous !
Par la magie d’un livre je viens de passer 2 jours sur une île de la Baltique, j’ai vu au loin une femme vieillissante arriver sur la
glace avec son déambulateur et son cancer, j’ai fait la connaissance d’une excentrique qui se promène dans la neige avec des escarpins italiens faits sur mesure, dont le principal travail est
d’écrire aux grands de ce monde son mécontentement, j’ai dormi dans un salon encombré d’un fourmilière, j’ai noté quelques phrases qui m’ont parlées, touchées, remuées. J’ai senti le froid, la
chaleur, les moustiques.
Un livre triste sur la maladie, la mort, la solitude, la vieillesse qui s’installe insidieusement à coups de petits renoncements quotidiens, la veille on peut encore couper du bois pendant une
heure, le lendemain ça épuise !
Quand Mankel ne donne pas pas dans le polar, quand son personnage de Wallander dépressif est absent, on trouve une galerie de portraits pas forcément sympathiques mais attachants, quand Mankel est
en pleine nature il nous offre des descriptions poétiques de la couleur de la mer, des arbres et des maisons en rondins, du ciel changeant.
J’ai aimé plus que je ne sais l’exprimer "Les chaussures italiennes »
Depuis quelques temps j’ai envie d’acheter certains livres empruntés à la bibli, pour les garder, les annoter, souligner, les faire miens.
Je vais les mettre sur ma liste de noël, celle écrite sur la porte de la cuisine.
Au printemps je n’ai eu qu’à récolter les fruits du travail de maman, le jardin a fait comme si elle était encore là, juste quelques
plantes qui n’ont pas résisté à un hiver rigoureux et à son absence.
L’été a donné des plates-bandes aussi luxuriantes qu’avec leur jardinière latiniste, j’ai appris quelques noms, lu, quémandé des conseils.
L’automne venu il m’a fallu, armé du sécateur, couper, tailler, arracher.
Maintenant que le jardin est presque prêt à traverser la période hivernale, j’angoisse, n’ai-je pas trop coupé, taillé ?
Ai-je bien couvert les plantes délicates.
Je ne reçois aucun conseil de l’au-delà, elle me laisse me dépatouiller avec ce qu’elle chérissait plus que tout.
Les vivaces fanées et coupées laissent découvrir un petit rosier par-çi, un iris par-là, une délicate fleur inconnue.
Faire de la place, dédoubler, je n’y arrive pas, tel qu’elle nous l’a laissé, tel je veux le garder.
La vigne vierge taillée envahit mon garage attendant d’être brûlée, le noisetier, coupé menu par Maky attend le même sort, les feuilles ne peuvent pas toutes finir en compost et il reste encore au
moins 6 heures à jouer de la tronçonneuse et du sécateur.
Mon billet consacré aux chaussons et pantoufles a généré 297 visites, celui d’hier sur le mur, 235, cherchez l’erreur !
Je m’amuse toujours en regardant sur blog-it le nombre de visites et je dois bien avouer que c’est souvent consternant.
Je ne doute pas un seul instant que le confort des pieds présente un intérêt de la plus haute importance, « Qui veut voyager loin… » et que quelques tonnes de béton qui s’écroulent ne vont pas
changer la face du monde, mais quand même !
Alors ce matin, à l’heure où tous les chats sont encore gris-noirs je fais ma livraison de petits riens, de non-évènements, banalités quotidiennes.
Genre, aller faire le plein chez les mousquetaires, ultime récolte de tomates, encore vertes mais elles mûriront dans la cuisine, encore et encore de l’élagage au jardin, petit vent frisquet hier
matin, pas de gelée, un magnétoscope (Eugénie martyrise ceux qu’elle a chez elle) à 15 € trouvé à Béthanie, article qui se fait rare mais indispensable quand depuis 13 ans les K7 envahissent la
maison, pas question de bazarder ce trésor de culture enfantine.
Voilà c’est tout !
Presque dans une autre vie, le radio réveil crachotait ses pubs idiotes, la météo était de novembre quand soudain les infos annoncent «
Le mur de Berlin est tombé »
C’est la première et seule fois que les larmes me brouillent les yeux en écoutant la radio.
Souvent j’ai essayé d’imaginer la vie de ces gens qui se sont réveillés un matin amputés d’une partie de leur famille, souvent je me suis penchée à ma fenêtre tentant de visualiser un mur balafrant
ma rue.
Je me souviens de ces désespérés qui tentaient de rejoindre l’ouest et ses mirages. En ce début novembre, on commémore, on se souvient, on dissèque, analyse, il n’en reste pas moins que l’homme dans sa grande stupidité n’a rien retenu des leçons du
passé, il y aura toujour un côté du mur à l’ombre.