
J’ai bien fait le tour de la question mais la question demeure pour l’instant sans réponse, sur le fauteuil près de la cheminée Chakespire ronronne doucement bien loin de mes interrogations, y a t-il réellement quelque chose de pourri dans ce royaume de la vie quotidienne ? Les volets entre-ouverts laissent filtrer la lumière froide d’un jour d’hiver en pays nordique, Chakespire a le sommeil agité, les oreilles bougent au rythme de ses rêves, Ophélia entrechoque rageusement les casseroles dans la cuisine, le repas sera sur la table quand je rentrerai du bureau, l’air absent comme toujours, en proie à mon éternelle question : « Etre ou ne pas être ? »
Faut-il que des parents aient l’esprit bien pervers pour donner des prénoms si lourds à leurs enfants,et faut-il que le hasard fasse bien mal les choses pour que cette rencontre improbable ait lieu : Hamlet et Ophélia…
J’ai bien fait le tour de la question, il vaut mieux s’appeler Marcel et Ginette et ainsi éviter le douloureux questionnement « Etre ou ne pas être agacé par le bruit des chaussons d’Ophélia qui traîne les pieds » Etre ou ne pas être tenté de faire cesser à jamais cet insupportable frottement sur le parquet. Etre ou ne pas être celui par qui le silence enfin règnera.J’ai bien fait le tour de la question, ce soir je lui préparerai sa tisane sans oublier la dose de poison mortel qui me redonnera la paix en mon foyer avec pour seul compagnon mon fidèle Chakespire.
Ma bonne amie.
L’on vient de me conter cette chose incroyable, il serait interdit dès à présent de se servir à des fins épistolaires de la voyelle se plaçant entre le T et le V. La raison en est bien simple : le sentiment exacerbé de dépit profond des consonnes, d’êtres mises à l’écart par le dénommé Raimbot, poète et coloriste de voyelles de son état. De A à Z elles réclament à cors et à cris d’être également versifiées et colorées par ce poète. Et si cela n’était pas fait elles garderaient en otage l’avant dernière responsable. Il va m’être bien mal aisé de narrer dans les détails et avec l’esprit me caractérisant la soirée d’hier.
Madame de Jenpalidenvie est arrivée à la soirée complètement enragée. Elle revenait de chez son bon ami Gérard de Jencrève, je passe les détails visibles de son après- midi champêtre, brins de paille
accrochés à la robe salie, pommettes roses et désordre dans les vêtements. J’en viens donc à l’objet de cette colère à peine cachée : Le bon ami a ramené d’Italie
des sortes de volets avec lattes orientables, afin de se préserver des rayons de l’astre solaire, et des regards indiscrets. Madame de Jenpalidenvie prend ombrage de
cette innovation, dernière mode en Italie, fait son caprice , tape des pieds, se traîne par
terre, prend l’assistance à témoin et appelle l’ébéniste en chef...afin de passer commande à cet homme de l'art.
Incroyable n’est-ce pas !
Me voici bien tracassée car il m’est impossible d’écrire le nom de ces volets, l’amende à cette infraction me tentant moyennement. (Persienne n’est pas le mot exact, mais s’en approche)
J’envisage deprendre la diligence afin de venir narrer de vive voix cette étonnante soirée à vos amis, ils le valent bien !
Bien amicalement.
Martine Lapotine.
Consigne de Coumarine.
Une lettre sur la jalousie sans employer la lettre U
Photo de Largo.
Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin, mais comme je n’ai qu’une paire mes pieds sont souvent « hors sujet » Ce matin
il aurait fallu que j’ai le choix entre « chaud et confortable » et « habillé mais pas trop ». Mais si je ne possède qu’une paire de chaussures, fidèles extensions de mes
pieds, elles m’amènent exactement où je veux, bien que parfois elles en décident autrement, mais ceci est une autre histoire.
Il faut quand même préciser que ce ne sont pas des chaussures ordinaires, elles ont arpenté Manhattan en long en large et en travers, pendant 10 jours elles ont joué les touristes, musées,
monuments, avenues, petites rues, elles ont tout vu, quartier chaud, à Harlem elles n’étaient pas très rassuré, quartier chic, devant le Dakota elles ont fredonné Imagine en pensant à John
Lennon, en passant devant l’hôtel Algonquin elles ont senti le souffle littéraire des intellectuels des années 30, sur le pont de Brooklyn, elles étaient seules sous les bourrasques de neige,
dans Central-park elles se sont reposées quelques instants en admirant les patineurs agiles, elles ont marché des journées entières s’imprégnant de toute
l’énergie que dégage cette ville. Pendant ce séjour elles étaient les bonnes chaussures, montantes, souples, chaudes, parfaitement adaptées aux circonstances, pas comme ce matin.
Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin, le professeur de samba va encore me faire une réflexion désobligeante, mais je dois impérativement protéger mes pieds délicats et fragiles des
attaquesintempestives et pesantes de Ginette. Elle est bien en chair Ginette, poitrine opulente et 2 pieds gauches, finalement j’ai mis les bonnes chaussures ce matin.
Participation à Paroles plurielles. Consigne 58 de Coumarine.
Tante Babette prit une profonde inspiration et le subtil mélange du sucre et de la vanille fit son effet. Tel un kaléidoscope sa mémoire bouscula la chronologie et la régression mentale put commencer. Ce parfum de biscuits en train de cuire Babette l’avait senti avant de pénétrer dans l’arène, face au lion qui allait la dévorer et faire un festin de sa chair. César n’avait pas levé le pouce. Toutes les tantes Babette de la famille sont de fines cuisinières, leur destin étroitement lié aux diverses recettes parvenues jusqu’à nous. Telle cette Babette, sœur cachée de Jeanne la Pucelle qui au pied du bûcher inventa les délicieux « pieds de cochon grillés au feu de bois » que nous dégustons chaque année au mois de mai. Une autre tante Babette par sa correspondance venue du Danemark où elle s’était exilée afin de fuir la Commune, nous conte quel grandiose festin elle élabora. Festin destiné à réveiller les papilles engourdies d’austères protestants. Une autre Babette déguisée en soldat donna bien du fil à retordre aux Allemands pendant la guerre, elle revint d'une mission en Angleterre avec la recette d’un gâteau, le« Senvatenguerre » que nous dégustons à sa mémoire chaque 6 juin. La dernière Tante Babette passa toute sa vie au chevet d’un certain Marcel à lui confectionner des madeleines pendant qu’il noircissait des pages et des pages de mots compliqués.
Est-ce une fatalité pour notre famille que de tous temps il y ait eu des tantes Babette, blondes comme des petits
Lu, douces comme de la brioche, fondante comme du caramel mais dotée d’une personnalité digne d’ héroïnes de roman. Que nous réserve la petite Babette qui du haut de ses 3 ans joue déjà à la
dînette et prépare des décoctions d’une couleur changeante comme ses yeux. Nos Babette seraient-elles un peu sorcière ?
Ceci est ma participation à la consigne 57 de Coumarine. Vous pouvez lire les textes des autres participants ici
:Paroles Plurielles.
Mauvaise surprise le quai du métro est noir de monde, vient d'annoncer La Voix, cher ami, entre nous
je ne comprends pas bien où est la surprise, cela fait 20 ans que les quais du métro sont ainsi, jour et nuit et pour cause, depuis 20 ans La Voix fait croire qu'au- dessus on ne respire que des miasmes, 20 ans que mes concitoyens vivent tels des
cloportes, 20 ans que le métro s'est transformé en une mégapole souterraine, 20 ans que le soleil est caché par un nuage de pollution. Ne croyez-vous pas cher ami que l'on nous ment? Je
sais bien que vous ne
recevrez pas cette lettre, pour cela il faudrait, que le service postal soit assuré et que je puisse y accéder.
Sans doute vous êtes-vous étonné de n'avoir pas de
mes nouvelles grâce aux
technologies modernes, mais comme je vous l'ai dit maintes fois dans mes lettres écrites et jamais parties, le hasard a fait que lors de la grande migration sous terre j'ai pu échapper à la
vigilance des sbires de La Voix et rester chez moi, au 56 ème étage, seul et condamné à n'en pas sortir, l'ascenseur est en panne depuis 10 ans. Vous vous demandez comment je vis? C'est très simple : L'épicerie de la galerie marchande au sous-sol était équipée d'un monte-charge, en étant des
plus raisonnable j'arrive à me nourrir, frugalement certes, mais c'est mieux que d'être dans le métro. Le miroir me renvoie l'image d'un monsieur, très vieux, très blanc, presque
diaphane, mais qui voit le soleil tous les jours, les arbres
verdir au printemps, la neige recouvrir les avenues en hiver.
Cher ami, La Voix nous ment, La Voix nous terrorise avec ses propos alarmistes sur la pollution, La Voix nous tient en esclavage. Quand je dis nous, c'est vous tous qui vivez comme des taupes, car moi,même confiné dans ma tour de Babel vide, je suis libre, je respire, je lis et surtout personne ne pense pour moi.
Cher ami, je vous joins la photo de mon immeuble, bien dégradé maintenant, prise par vos soins en octobre 2007.Transmettez mon bon souvenir à votre Fauvette.
Amicalement.
Robinson.
Ceci est ma participation à Paroles Plurielles.
Deuxième parution avec 2 rectifications à la demande Coumarine:
Auteur de la photo et lien exact vers Paroles Plurielles